Conférence de Carême, ce jeudi 25 février 12h45

Aujourd’hui : « Sauver la beauté du monde » de Jean-Claude Guillebaud, grand reporter, écrivain, docteur honoris causa de l’Université de Louvain

Depuis des années, nous avons été gagnés par une sorte de pathologie mentale : l’obsession de la rivalité, l’angoisse de la « compétitivité », la dureté érigée en vertu. Aux jeunes adultes qui galèrent pour trouver un emploi, on répète que la précarité, c’est « la vraie vie » ; que l’emploi c’est précaire, comme la santé ou l’amour. La vie est toujours périlleuse. Et ce serait bien ainsi. Cela revient à reprocher aux quelques millions d’exclus et laissés pour compte de ne pas « aimer » leur précarité.

Tous les jeudis de Carême, assistez à une conférence de 12h45 à 14h à Notre-Dame-de-Pentecôte / La Défense sur le thème Force et Faiblesse : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. » 2 Corinthiens 12,10. 

Cette conférence est également diffusée en direct et en replay sur la chaine YouTube du diocèse et sur le site internet de Notre-Dame-de-Pentecôte. Plus d’informations et programme : https://www.ndp92.fr

Notre Père

Le « Notre Père » de la philosophe Simone Weil

Livre audio du texte À propos du Notre Père, de Simone WEIL, rédigé en 1942 et publié pour la première fois de façon posthume, en 1950, dans le recueil « Attente de Dieu ». L’autrice y propose une méditation phrase à phrase de la prière laissée par le Christ à ses apôtres. Dans une de ses lettres au Père PERRIN, elle évoquait déjà son contact singulier avec cette prière : « L’été dernier, faisant du grec avec Thibon, je lui avais fait le mot à mot du Pater en grec. Nous nous étions promis de l’apprendre par cœur. Je crois qu’il ne l’a pas fait. Moi non plus, sur le moment. Mais quelques semaines plus tard, feuilletant l’Évangile, je me suis dit que puisque je me l’étais promis et que c’était bien, je devais le faire. Je l’ai fait. La douceur infinie de ce texte grec m’a alors tellement prise que pendant quelques jours je ne pouvais m’empêcher de me le réciter continuellement. Une semaine après j’ai commencé la vendange. Je récitais le Pater en grec chaque jour avant le travail, et je l’ai répété bien souvent dans la vigne. Depuis lors je me suis imposé pour unique pratique de le réciter une fois chaque matin avec une attention absolue. Si pendant la récitation mon attention s’égare ou s’endort, fût-ce d’une manière infinitésimale, je recommence jusqu’à ce que j’aie obtenu une fois une attention absolument pure. Il m’arrive alors parfois de recommencer une fois encore par pur plaisir, mais je ne le fais que si le désir me pousse. La vertu de cette pratique est extraordinaire et me surprend chaque fois, car quoique je l’éprouve chaque jour elle dépasse chaque fois mon attente. Parfois les premiers mots déjà arrachent ma pensée à mon corps et la transportent en un lieu hors de l’espace d’où il n’y a ni perspective ni point de vue. L’espace s’ouvre. L’infinité de l’espace ordinaire de la perception est remplacée par une infinité à la deuxième ou quelquefois troisième puissance. En même temps cette infinité d’infinité s’emplit de part en part de silence, un silence qui n’est pas une absence de son, qui est l’objet d’une sensation positive, plus positive que celle d’un son. Les bruits, s’il y en a, ne me parviennent qu’après avoir traversé ce silence. »

Lecture en 3 min.

Le « Notre Père » de la philosophe Simone Weil
Simone Weil en 1936. Un itinéraire spirituel mûri par Assise et Solesmes.WHITEIMAGES/LEEMAGE

« Le Notre Père », Simone Weil, Présentation de François Dupuigrenet-Desroussilles, Bayard, 76 p., 13,90 €iPourquoi lire La Croix ?La Croix vous explique, avec lumière et clarté, le monde qui vous entoure, afin que vous puissiez bâtir votre opinion.+

Quelques mois avant sa mort, en 1942, la philosophe Simone Weil (1909-1943) confiait, dans une lettre au dominicain Joseph-Marie Perrin, la place que la prière du Notre Père avait prise dans sa vie. « L’été dernier, faisant du grec avec Thibon (1), je lui avais fait le mot à mot du Pater en grec. Nous nous étions promis de l’apprendre par cœur. (…) Depuis lors, je me suis imposé pour unique pratique de le réciter une fois chaque matin avec une attention absolue. »

« Unique pratique »« attention absolue » : on peut prendre la philosophe au mot. Car celle qui prie le Notre Père est la même qui, assoiffée de justice, a abandonné son métier de professeur pour vivre la condition ouvrière chez Alsthom puis Renault, en 1934 et 1935.

Celle aussi qui a dénoncé le nazisme dès 1932, les violences de la guerre d’Espagne et rejoindra la France libre à Londres en 1942. Une femme radicale, sans faux-semblants.À lire aussiSimone Weil, pasionaria du Christ

« Cette prière contient toutes les demandes possibles »

Longtemps, Simone Weil resta à distance de la prière. À ses marges, comme pour le baptême qu’elle refusa jusqu’à sa mort par solidarité avec les non-croyants. Mais son itinéraire spirituel, mûri au soleil d’Assise et à l’ombre de Solesmes, la conduisit progressivement vers le Notre Père : « Cette prière contient toutes les demandes possibles ; on ne peut concevoir de prière qui n’y soit déjà enfermée. Elle est à la prière comme le Christ à l’humanité », résume-t-elle.

La présentation de François Dupuigrenet-Desroussilles offre une introduction fine et précise au texte de Simone Weil. Il aide à entrer dans cette méditation qui recèle des fulgurances spirituelles dont l’éclat peut être perçu par tous.

L’humilité de Dieu

Simone Weil s’approche du Notre Père en femme de désir, en mystique. Sur « Vienne ton règne », elle écrit : « L’Esprit souffle où il veut. On ne peut que l’appeler. Il ne faut même pas penser d’une manière particulière à l’appeler sur soi, ou sur tels ou tels autres, ou même sur tous, mais l’appeler purement et simplement ; que penser à lui soit comme un appel et un cri. »

À partir de 1941, Simone Weil avait fait du Notre Père sa pratique quotidienne. La régularité de ce rendez-vous avait pour elle un sens précis, lié à l’humilité de Dieu et à son respect de la liberté de l’homme.

« (Le Christ) est toujours là, à la porte de notre âme, qui veut entrer, mais il ne viole pas le consentement. Si nous consentons à ce qu’il entre, il entre ; dès que nous ne voulons plus aussitôt il s’en va », écrit-elle.

Son audace l’emporte

C’est donc chaque jour qu’il doit redire : « Notre pain, celui qui est surnaturel, donne-le-nous aujourd’hui », car « nous ne pouvons pas lier aujourd’hui notre volonté de demain, faire aujourd’hui un pacte avec lui pour que demain il soit en nous malgré nous ».

Certains aspects de la spiritualité de Simone Weil pourraient certes être discutés (sur la providence, le sacrifice…), mais son audace emporte. De même que sa confiance en l’humble force de cette prière : « Il est impossible de la prononcer une fois en portant à chaque mot la plénitude de l’attention sans qu’un changement, peut-être infinitésimal mais réel, s’opère dans l’âme », conclut-elle.

► En quête d’une civilisation nouvelle

Simone Weil mérite d’être lue et étudiée pour répondre à l’urgence de ce temps qui est de repenser aussi bien la politique que le travail. Dans son livre, Pascal David, de l’Université catholique de Lyon, présente et annote des textes qu’elle a écrits pendant la Seconde Guerre mondiale (2). La philosophe réfléchit aux fondements de l’action politique en vue de « reconstruire la France ». Elle est convaincue que l’enjeu de cette reconstruction est d’ordre spirituel.

De son côté, Emmanuel Gabellieri, philosophe dans la même université, s’est intéressé à son approche du travail (3). À l’issue d’un parcours à la fois chronologique et thématique, il relève que dans les textes de maturité, le travail est envisagé non seulement comme « un lieu de réalisation privilégié de l’humain », mais aussi « comme ce qui pourrait être le centre d’une civilisation nouvelle, et même comme un lieu de contact par excellence entre l’homme et Dieu ».

(1) Le philosophe Gustave Thibon (1903-2001).

(2) Luttons-nous pour la justice ? Manuel d’action politique, présentation, notes et index par Pascal David, Éd. Peuple Libre, 286 p., 12 €.

(3) Penser le travail avec Simone Weil, d’Emmanuel Gabellieri, Éd. Nouvelle Cité, 166 p., 15 €.

Année saint-Joseph : Père dans l’obéissance…

LETTRE APOSTOLIQUE PATRIS CORDE DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS

Dans la vie cachée de Nazareth, Jésus a appris à faire la volonté du Père à l’école de Joseph. Cette volonté est devenue sa nourriture quotidienne. Même au moment le plus difficile de sa vie, à Gethsémani, il préfère accomplir la volonté du Père plutôt que la sienne.

Il résulte de tous ces événements que Joseph a été appelé par Dieu à servir directement la personne et la mission de Jésus en exerçant sa paternité. C’est bien de cette manière qu’il coopère dans la plénitude du temps au grand mystère de la Rédemption et qu’il est véritablement ministre du salut.

Par St-Joseph, père dans la confiance, nous te prions pour tous ceux qui exercent des responsabilités à l’égard des autres.

Page dédiée à saint Joseph sur notre site

Conférence de Carême, ce jeudi 18 février 12h45

Aujourd’hui : « Paradoxes bibliques » de P. Maurice Autané, bibliste, membre du Service Biblique Catholique « Évangile et Vie » (Cahiers Évangile,…). Vicaire à Puteaux.

Lorsqu’on ouvre la Bible, on le fait pour y trouver – ou approfondir – les fondements de notre foi. Premier et Nouveau Testament nous révèlent un Dieu créateur et libérateur. Un Dieu tout-puissant capable de faire jaillir la vie en abondance à partir de rien. Un Dieu qui associe l’être humain à son projet de création et de vie. Or, dès les premières pages de la Bible, l’auteur de la Genèse esquisse le portrait d’un être humain dépassé par un projet divin au-dessus de ses forces. Un homme faible ! Avons-nous là une clé de lecture de l’ensemble de l’histoire sainte, un Dieu puissant qui s’efforce coûte que coûte de tirer vers lui l’homme faible pour que se réalise sa vocation originelle : être créateur de vie avec lui ?


A première lecture, les exemples ne manquent pas, qui corroborent cette assertion. Les acteurs déterminants de l’histoire du peuple de Dieu ne cachent rien de leurs faiblesses : Abraham qui fait passer sa femme Sarah pour sa sœur, afin de se proté- ger, lui ; Moïse le meneur du peuple, bègue et peureux ; le grand roi David commettant l’irréparable, en faisant tuer le mari de la femme qu’il convoite.

Ces exemples ne s’arrêtent pas aux portes du Premier Testament. Les plus proches disciples de Jésus ne démon- trent pas une force inébranlable. Pierre, le premier d’entre eux, est une figure ambivalente. Ses manques et ses ambivalences frappent d’emblée. Et que dire de Paul, le géant des premiers temps du christianisme. Il a d’abord mis sa fougue au service de l’élimination des chrétiens. Après sa conversion, il a certes mis sa pas- sion au service de la prédication de l’Évangile, mais il a traversé des obstacles sans nombre, résumant ainsi la complexité de sa vie : « C’est lorsque je suis faible que je suis fort ! »


Bref, toute la Bible semble être une histoire de fragilité. Fragilité de la création, fragilité des hommes. Com- ment le Dieu tout-puissant se révèle t-il dans le témoignage de ces hommes remplis de faiblesse ? Le Dieu d’Abraham et de Jésus-Christ se complairait-il dans la vulnérabilité ? A travers un regard sur les témoi- gnages de Moïse, de Pierre et de Paul, nous tenterons de comprendre le sens de la toute-puissance de Dieu qui se manifeste dans la faiblesse.

Voir sur : https://www.ndp92.fr

Commencement du chemin de carême

Messe des Cendres © Vatican Media

Messe des Cendres

Homélie du pape François

Nous commençons le cheminement du Carême. Il s’ouvre par les paroles du prophète Joël, qui indiquent la direction à suivre. C’est une invitation qui naît du cœur de Dieu qui, avec les bras grands ouverts et les yeux pleins de nostalgie nous supplie : « Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2, 12). Revenez à moi. Le Carême est un voyage de retour à Dieu. Que de fois, affairés ou indifférents, lui avons-nous dit : « Seigneur, je viendrai vers toi après, attends… Aujourd’hui je ne peux pas, mais demain je commencerai à prier et à faire quelque chose pour les autres ». Et ainsi un jour après l’autre. Maintenant Dieu fait appel à notre cœur. Dans la vie nous aurons toujours des choses à faire et nous aurons des excuses à présenter, mais, frères et sœurs, aujourd’hui c’est le temps de revenir à Dieu.

Revenez à moi, dit-il, de tout votre cœur. Le Carême est un voyage qui implique toute notre vie, tout notre être. C’est le temps pour vérifier les chemins que nous sommes en train de parcourir, pour retrouver la voie qui nous ramène à la maison, pour redécouvrir le lien fondamental avec Dieu, de qui dépend toute chose. Le Carême n’est pas une collecte de bonnes actions, c’est discerner vers où est orienté notre cœur. Cela est le centre du Carême : vers où est orienté mon cœur ? Essayons de nous demander : où me mène le navigateur de ma vie, vers Dieu ou vers mon moi ? Est-ce que je vis pour plaire au Seigneur, ou pour être remarqué, loué, préféré, à la première place et ainsi de suite ? Ai-je un cœur “qui danse”, qui fait un pas en avant et un pas en arrière, qui aime un peu le Seigneur et un peu le monde, ou bien un cœur ferme en Dieu? Suis-je bien avec mes hypocrisies, ou est-ce que je lutte pour libérer mon cœur des duplicités et des faussetés qui l’enchaînent?

Le voyage du Carême est un exode, un exode de l’esclavage à la liberté. Ce sont quarante jours qui rappellent les quarante années durant lesquelles le peuple de Dieu a voyagé dans le désert pour retourner à sa terre d’origine. Mais comme il a été difficile de quitter l’Egypte ! Il a été plus difficile de quitter l’Egypte de cœur du peuple de Dieu, cette Egypte qu’ils portaient toujours en eux, que de quitter la terre d’Egypte … Il est très difficile de laisser l’Egypte. Durant la marche, il y avait toujours la tentation de regretter les oignons, de revenir en arrière, de se lier aux souvenirs du passé, à quelque idole. Pour nous aussi, il en est ainsi : le voyage de retour à Dieu est entravé par nos attachements malsains, il est retenu par les liens séduisants des vices, par les fausses sécurités de l’argent et du paraître, par la lamentation d’être victime, qui paralyse. Pour marcher, il faut démasquer ces illusions.

Mais demandons-nous : comment alors procéder dans le cheminement vers Dieu ? Les voyages de retour, que nous raconte la Parole de Dieu, nous viennent en aide.

Regardons le fils prodigue et comprenons qu’il est temps pour nous aussi de revenir vers le Père. Comme ce fils, nous avons, nous aussi oublié le parfum de la maison, nous avons dilapidé des biens précieux pour des choses de moindre valeur et nous sommes restés les mains vides et le cœur mécontent. Nous sommes tombés : nous sommes des enfants qui tombent continuellement, nous sommes comme des petits enfants qui essayent de marcher mais tombent par terre, et qui ont besoin d’être relevés à chaque fois par le papa. C’est le pardon du Père qui nous remet toujours debout : le pardon de Dieu, la Confession, est le premier pas de notre voyage de retour. J’ai dit la Confession, je recommande aux confesseurs : soyez comme le père, non avec le fouet, avec l’accolade.

Nous avons ensuite besoin de revenir vers Jésus, de faire comme ce lépreux purifié qui revint pour le remercier. Ils étaient dix à avoir été guéris, mais lui seul a été aussi sauvé, parce qu’il est revenu vers Jésus (cf. Lc 17, 12-19). Tous, tous nous avons des maladies spirituelles, nous ne pouvons pas les guérir tout seuls ; nous avons tous des vices enracinés, nous ne pouvons pas les éradiquer tout seuls ; nous avons tous des peurs qui nous paralysent, nous ne pouvons les vaincre tout seuls. Nous avons besoin d’imiter ce lépreux qui revint vers Jésus et se jeta à ses pieds. Nous avons besoin de la guérison de Jésus, il nous faut mettre devant lui nos blessures et lui dire : “Jésus, je suis ici devant toi, avec mon péché, avec mes misères. Tu es le médecin, tu peux me libérer. Guéris mon cœur. Guéris ma lèpre”.

Encore : la Parole de Dieu nous demande de revenir au Père, nous demande de revenir à Jésus, et nous sommes appelés à revenir à l’Esprit Saint. La cendre sur la tête nous rappelle que nous sommes poussière et que nous retournerons en poussière. Mais sur notre poussière, Dieu a soufflé son Esprit de vie.Alors nous ne pouvons pas vivre en poursuivant la poussière, en suivant des choses qui aujourd’hui existent et qui demain disparaitront. Revenons à l’Esprit, dispensateur de vie, revenons au Feu qui fait renaître nos cendres, à ce Feu qui nous enseigne à aimer. Nous serons toujours poussière mais, comme dit une hymne liturgique, poussière amoureuse. Retournons prier l’Esprit Saint, redécouvrons le feu de la louange, qui brûle les cendres de la lamentation et de la résignation.

Frères et sœurs, notre voyage de retour à Dieu est possible seulement parce que son voyage aller vers nous a eu lieu. Autrement il n’aurait pas été possible. Avant que nous n’allions à lui, lui est descendu vers nous. Il nous a précédés, il est venu à notre rencontre. Pour nous, il est descendu plus bas que ce que nous pouvions imaginer : il s’est fait péché, il s’est fait mort. C’est ce que nous a rappelé Saint Paul : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché » (2 Co 5, 21). Afin de ne pas nous laisser seuls et pour nous accompagner dans notre marche, il est descendu dans notre péché et dans notre mort, il a touché le péché, il a touché notre mort. Alors notre voyage consiste à nous laisser prendre par la main. Le Père qui nous appelle à revenir est Celui qui sort de la maison pour venir nous rechercher ; le Seigneur qui nous guérit est Celui qui s’est laissé blesser en croix ; l’Esprit qui nous fait changer de vie est Celui qui souffle avec force et douceur sur notre poussière.

Voici alors la supplication de l’Apôtre : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (v. 20). Laissez-vous réconcilier : le chemin ne se fonde pas sur nos forces ; personne ne peut se réconcilier avec Dieu par ses propres forces, il ne peut pas. La conversion du cœur, avec les gestes et les pratiques qui l’expriment, n’est possible que si elle part de la primauté de l’action de Dieu. Ce ne sont pas nos capacités et nos mérites à exhiber qui nous font revenir à lui, mais sa grâce à accueillir. La grâce nous sauve, le salut est pure grâce, pure gratuité. Jésus nous l’a dit clairement dans l’Evangile : ce n’est pas la justice que nous pratiquons devant les hommes qui nous rend justes, mais la relation sincère avec le Père. Le début du retour à Dieu c’est de reconnaître que nous avons besoin de lui, que nous avons besoin de miséricorde, besoin de sa grâce. C’est la voie juste, la voie de l’humilité. Est-ce que je sens que j’ai besoin ou est-ce que je me sens autosuffisant ?

Aujourd’hui nous baissons la tête pour recevoir les cendres. A la fin du Carême, nous nous abaisserons encore plus pour laver les pieds de nos frères. Le Carême est une descente humble au-dedans de nous-mêmes et vers les autres. C’est comprendre que le salut n’est pas une escalade pour la gloire, mais un abaissement par amour. C’est nous faire petits. Sur ce chemin, pour ne pas perdre la route, mettons-nous devant la croix de Jésus : c’est la cathèdre silencieuse de Dieu. Regardons chaque jour ses plaies, les plaies qu’il a portées au Ciel et qu’il fait voir au Père, tous les jours, dans sa prière d’intercession. Regardons chaque jour ses plaies. Dans ces ouvertures, reconnaissons notre vide, nos manques, les blessures du péché, les coups qui nous ont fait mal. Et pourtant, justement là, nous voyons que Dieu ne pointe pas le doigt contre nous, mais qu’il nous ouvre tout grand les mains. Ses plaies sont ouvertes pour nous et par ces plaies nous avons été guéris (cf. 1 P 2, 25 ; Is 53, 5). Embrassons-les et nous comprendrons que c’est justement là, dans les vides de la vie les plus douloureux, que Dieu nous attend avec sa miséricorde infinie. Parce que là, là où nous sommes plus vulnérables, là où nous avons le plus honte, il est venu à notre rencontre. Et maintenant qu’il est venu à notre rencontre, il nous invite à revenir à lui, pour retrouver la joie d’être aimés.

Carême : message du pape

Le message du Saint-Père pour le Carême 2021 publié le vendredi 12 février 2021 : « Voici que nous montons à Jérusalem… (Mt 20,18) » . Le Carême, un temps pour renouveler notre foi, notre espérance et notre charité.

Chers Frères et Sœurs,

En annonçant à ses disciples sa Passion, sa mort et sa résurrection, accomplissant ainsi la volonté de son Père, Jésus leur révèle le sens ultime de sa mission et il les appelle à s’y associer, en vue du salut du monde.

En parcourant le chemin du Carême, qui nous conduit vers les célébrations pascales, nous faisons mémoire de Celui qui nous a aimés « devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix » (Ph 2,8). Dans ce temps de conversion, nous renouvelons notre foi, nous puisons « l’eau vive » de l’espérance et nous recevons le cœur ouvert l’amour de Dieu qui fait de nous des frères et des sœurs dans le Christ. Dans la Nuit de Pâques, nous renouvellerons les promesses de notre baptême pour renaître en hommes et femmes nouveaux par l’intervention du Saint Esprit. L’itinéraire du Carême, comme l’itinéraire chrétien, est déjà entièrement placé sous la lumière de la résurrection, qui inspire les sentiments, les attitudes ainsi que les choix de ceux qui veulent suivre le Christ.

Le jeûne, la prière et l’aumône, tels que Jésus les présente dans sa prédication (cf. Mt 6, 1-18) sont les conditions et les expressions de notre conversion. Le chemin de la pauvreté et du manque (le jeûne), le regard et les gestes d’amour vers l’homme blessé (l’aumône), et le dialogue filial avec le Père (la prière), nous permettent d’incarner une foi sincère, une vivante espérance et une charité active.

1. La foi nous appelle à accueillir la Vérité et à en devenir des témoins, devant Dieu et devant tous nos frères et sœurs.

Pendant ce temps du Carême, recevoir et vivre la Vérité manifestée dans le Christ c’est avant tout se laisser toucher par la Parole de Dieu et qui nous est transmise, de générations en générations, par l’Eglise. Cette Vérité n’est pas une construction de l’esprit qui serait réservée à quelques intelligences supérieures ou séparées. Elle est un message que l’on reçoit et que l’on peut comprendre grâce à l’intelligence du coeur ouvert à la grandeur de Dieu qui nous aime, avant que nous-mêmes en ayons conscience. Cette Vérité c’est le Christ lui-même, qui, en assumant pleinement notre humanité, s’est fait Voie – exigeante, mais ouverte à tous – conduisant à la plénitude de la Vie.

Le jeûne, vécu comme expérience du manque, conduit ceux et celles qui le vivent dans la simplicité du cœur à redécouvrir le don de Dieu et à comprendre notre réalité de créatures à son image et ressemblance qui trouvent en lui leur accomplissement. En faisant l’expérience d’une pauvreté consentie, ceux qui jeûnent deviennent pauvres avec les pauvres et ils « amassent » la richesse de l’amour reçu et partagé. Compris et vécu de cette façon, le jeûnenous aide à aimer Dieu et notre prochain car, comme Saint Thomas d’Aquin l’enseigne, il favorise le mouvement qui amène à concentrer l’attention sur l’autre en l’identifiant à soi-même (cf. Enc. Fratelli tutti, n. 93).

Le Carême est un temps pour croire, c’est-à-dire pour recevoir Dieu dans notre vie et pour le laisser “établir sa demeure” en nous (cf. Jn 14, 23). Jeûner consiste à libérer notre existence de tout ce qui l’encombre, même de ce trop-plein d’informations, vraies ou fausses, et de produits de consommation pour ouvrir la porte de notre cœur à celui qui vient jusqu’à nous, pauvre de tout mais « plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14) : le Fils du Dieu Sauveur.

2. L’espérance, comme “eau vive” qui nous permet de continuer notre chemin

La Samaritaine à qui Jésus demande à boire au bord du puit ne comprend pas lorsqu’il lui dit qu’il peut lui offrir une “eau vive” (Jn 4, 10). Au début, elle pense naturellement à l’eau matérielle. Mais Jésus parle de l’Esprit Saint qu’il offrira en abondance dans le Mystère pascal et qui nous remplira de l’espérance qui ne déçoit pas. Lorsqu’il évoque sa passion et sa mort, Jésus annonce déjà l’espérance en disant : « Le troisième jour, il ressuscitera » (Mt 20, 19). Jésus nous parle de l’avenir grand ouvert par la miséricorde du Père. Espérer, avec lui et grâce à lui, c’est croire que l’histoire n’est pas fermée sur nos erreurs, nos violences, nos injustices et sur le péché qui crucifie l’Amour. Espérer c’est puiser le pardon du Père de son Cœur ouvert.

Dans le contexte d’inquiétude que nous vivons, où tout apparaît fragile et incertain, parler d’espérance pourra sembler provocateur. Le temps du Carême est un temps pour espérer, pour tourner de nouveau le regard vers la patience de Dieu qui continue de prendre soin de sa Création, alors même que nous l’avons souvent maltraitée (cf. Laudato si’, nn. 32, 33, 43, 44). C’est l’espérance en la réconciliation à laquelle Saint Paul nous exhorte avec passion : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Co 5, 20). En recevant le pardon, dans le sacrement qui est au cœur de notre démarche de conversion, nous devenons, à notre tour, des acteurs du pardon. Nous pouvons offrir le pardon que nous avons-nous-mêmes reçu, en vivant un dialogue bienveillant et en adoptant un comportement qui réconforte ceux qui sont blessés. Le pardon de Dieu permet de vivre une Pâque de fraternité aussi à travers nos paroles et nos gestes.

Pendant ce Carême, appliquons-nous à dire « des mots d’encouragements qui réconfortent qui fortifient, qui consolent, qui stimulent » au lieu de « paroles qui humilient, qui attristent, qui irritent, qui dénigrent » (Enc. Fratelli tutti [FR], n. 223). Parfois, pour offrir de l’espérance, il suffit d’être « une personne aimable, […], qui laisse de côté ses anxiétés et ses urgences pour prêter attention, pour offrir un sourire, pour dire une parole qui stimule, pour rendre possible un espace d’écoute au milieu de tant d’indifférence » (ibid., n. 224).
Dans le recueillement et la prière silencieuse, l’espérance nous est donnée comme une inspiration et une lumière intérieure qui éclaire les défis et les choix de notre mission. Voilà pourquoi, il est déterminant de se retirer pour prier (cf. Mt 6, 6) et rejoindre, dans le secret, le Père de toute tendresse.

Vivre un Carême d’espérance, c’est percevoir que nous sommes, en Jésus-Christ, les témoins d’un temps nouveau, dans lequel Dieu veut « faire toutes choses nouvelles » (cf. Ap 21, 1-6). Il s’agit de recevoir et d’offrir l’espérance du Christ qui donne sa vie sur la croix et que Dieu ressuscite le troisième jour : « Soyez prêts à répondre à qui vous demande à rendre raison de l’espérance qui est en vous » (1P 3, 15).

3. La charité, quand nous la vivons à la manière du Christ, dans l’attention et la compassion à l’égard de chacun, est la plus haute expression de notre foi et de notre espérance.

La charité se réjouit de voir grandir l’autre. C’est la raison pour laquelle elle souffre quand l’autre est en souffrance : seul, malade, sans abri, méprisé, dans le besoin… La charité est l’élan du cœur qui nous fait sortir de nous-mêmes et qui crée le lien du partage et de la communion.
« Grâce à l’amour social, il est possible de progresser vers une civilisation de l’amour à laquelle nous pouvons nous sentir tous appelés. La charité, par son dynamisme universel, peut construire un monde nouveau, parce qu’elle n’est pas un sentiment stérile mais la meilleure manière d’atteindre des chemins efficaces de développement pour tous » (FT, n. 183).

La charité est don. Elle donne sens à notre vie. Grâce à elle, nous considérons celui qui est dans le manque comme un membre de notre propre famille, comme un ami, comme un frère. Le peu, quand il est partagé avec amour, ne s’épuise jamais mais devient une réserve de vie et de bonheur. Ainsi en fût-il de la farine et de l’huile de la veuve de Sarepta, quand elle offrit la galette au Prophète Elie (cf. 1R 17, 7-16). Ainsi en fût-il des pains multipliés que Jésus bénit, rompit et donna aux apôtres pour qu’ils les offrent à la foule (cf. Mc, 6, 30-44). Ainsi en est-il de notre aumône, modeste ou grande, que nous offrons dans la joie et dans la simplicité.

Vivre un Carême de charité, c’est prendre soin de ceux qui se trouvent dans des conditions de souffrance, de solitude ou d’angoisse à cause de la pandémie de la Covid-19. Dans l’impossibilité de prévoir ce que sera demain, souvenons-nous de la parole adressée par Dieu à son Serviteur : « Ne crains pas, car je t’ai racheté » (Is 43, 1), offrons avec notre aumône un message de confiance, et faisons sentir à l’autre que Dieu l’aime comme son propre enfant.

« Ce n’est qu’avec un regard dont l’horizon est transformé par la charité, le conduisant à percevoir la dignité de l’autre, que les pauvres sont découverts et valorisés dans leur immense dignité, respectés dans leur mode de vie et leur culture, et par conséquent vraiment intégrés dans la société » (FT, n. 187).

Chers frères et sœurs, chaque étape de la vie est un temps pour croire, espérer et aimer. Que cet appel à vivre le Carêmecomme un chemin de conversion, de prière et de partage, nous aide à revisiter, dans notre mémoire communautaire et personnelle, la foi qui vient du Christ vivant, l’espérance qui est dans le souffle de l’Esprit et l’amour dont la source inépuisable est le cœur miséricordieux du Père.

Que Marie, Mère du Sauveur, fidèle au pied de la croix et au cœur de l’Église, nous soutienne par sa présence prévenante et que la bénédiction du Ressuscité nous accompagne dans ce chemin vers la lumière de Pâques.

1ère lecture d’aujourd’hui d’aujourd’hui : Noé

https://www.aelf.org

Des millions de personnes se demandent où est Dieu dans la crise que nous traversons…

« Des millions de personnes se demandent où est Dieu dans la crise que nous traversons. Ce qui me vient à l’esprit, c’est le débordement. Un grand fleuve qui gonfle, puis éclate et se déverse. La Covid est notre “moment de Noé »« , peut-on lire en dernière page de la couverture du livre du pape François (« Un temps pour changer »).


La figure de Noé renvoie au récit du déluge tel qu’il nous est raconté au chapitre 6 du livre de la Genèse. Mais Noé, c’est d’abord l’homme juste, celui qui écoute Dieu et qui fait exactement ce que le Seigneur lui prescrit. Il construit une arche aux dimensions gigantesques pour y abriter des animaux, purs et impurs, des oiseaux et de tout ce qui remue sur le sol. Grâce à Noé, l’humanité et l’ensemble des créatures se voient ouvrir un avenir.


« La Covid-19 est notre moment de Noé, à condition que nous puissions trouver notre chemin vers l’Arche des liens qui nous unissent : l’arche de l’amour et d’une appartenance commune« , précise le pape François.
Personne ne se sauvera tout seul. Personne ne se sauvera sans vouloir que les autres soient sauvés avec lui. Seule la solidarité dans l’épreuve peut nous préserver du désastre et du désespoir. Cette solidarité, Dieu est le premier à la nouer avec l’humanité. Dans l’épreuve, il ne nous abandonne pas. Il reste présent à nos côtés. « La bonne nouvelle est qu’une Arche nous attend pour nous conduire vers un nouvel avenir« , écrit le pape. Cette Arche, c’est le Christ lui-même, celui qui nous attend plus que nous ne saurons jamais l’attendre.

Un temps pour changer, pape François, Flammarion, 2020, 228 pages

… Pour aller au delà de l’utopie de Rutger Bregman 🙂 ? (https://www.google.fr/amp/s/www.bbc.com/afrique/monde-53240208.amp)

Année saint Joseph : Père dans la tendresse…

LETTRE APOSTOLIQUE PATRIS CORDE DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS

Joseph a vu Jésus grandir jour après jour «en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes ». Jésus a vu en Joseph la tendresse de Dieu.

L’histoire du salut s’accomplit en «espérant contre toute espérance», à travers nos faiblesses. Nous pensons trop souvent que Dieu ne s’appuie que sur notre côté bon et gagnant, alors qu’en réalité la plus grande partie de ses desseins se réalise à travers et en dépit de notre faiblesse. Alors nous devons apprendre à accueillir notre faiblesse avec une profonde tendresse.

Le Malin nous pousse à regarder notre fragilité avec un jugement négatif. Au contraire, l’Esprit la met en lumière avec tendresse. La tendresse est la meilleure manière de toucher ce qui est fragile en nous. Le fait de montrer du doigt et le jugement que nous utilisons à l’encontre des autres sont souvent un signe de l’incapacité à accueillir en nous notre propre faiblesse, notre propre fragilité. Seule la tendresse nous sauvera de l’œuvre de l’Accusateur.

La volonté de Dieu, son histoire, son projet, passent aussi à travers la préoccupation de Joseph. Joseph nous enseigne ainsi qu’avoir foi en Dieu comprend également le fait de croire qu’il peut agir à travers nos peurs, nos fragilités, notre faiblesse. Et il nous enseigne que, dans les tempêtes de la vie, nous ne devons pas craindre de laisser à Dieu le gouvernail de notre bateau. Parfois, nous voudrions tout contrôler, mais lui regarde toujours plus loin.

Par St-Joseph, père dans la tendresse, nous te prions pour tous ceux que nous n’aimons pas ou ne savons pas aimer.

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