doute et foi

Les disciples d’Emmaüs, il leur est apparu extérieurement et corporellement, comme il était intérieurement, comme il était au-dedans d’eux-mêmes : ils parlaient de lui, ils l’aimaient et ils doutaient. Alors il se présente à eux extérieurement, mais ils ne le reconnaissent pas, précisément parce que, ils doutent.
Les apparitions du Christ ressuscité sont un appel à la foi. Jésus ne se présente pas dans une vie nouvelle. Il ne se présente pas comme un spectacle, comme un objet qu’on peut percevoir sans s’engager. Ces apparitions sont un appel à la foi. Et c’est pourquoi elles reflètent l’état d’âme de ceux qui en sont les témoins. Rien n’est étonnant comme ces récits qui ne s’accordent pas, précisément parce que ils traduisent les sentiments, les hésitations, les craintes, les frayeurs et les joies de chacun, selon la progression de la reconnaissance du Christ en eux.
Les disciples d’Emmaüs le voient comme un étranger. La Magdeleine le verra comme un jardinier. Les disciples rassemblés au Cénacle croiront voir un esprit. Et pour la dernière vision, racontée par saint Jean, sur les bords du lac de Galilée, ils hésiteront, jusqu’à la pêche miraculeuse, à reconnaître, dans celui qui les appelle du rivage, le Seigneur.
Il nous apparaît donc d’une manière universelle comme il est au-dedans de nous. Et c’est pourquoi Il peut prendre le visage d’un étranger, et c’est pourquoi ses traits peuvent se déformer …
Et d’ailleurs, cette loi de la Révélation que saint Grégoire exprime avec tant de profondeur:  » Il leur est apparu au dehors comme il était au-dedans d’eux-mêmes « , cette loi gouverne peut-être tout l’ordre de la connaissance: chacun voit l’univers avec son regard, chacun voit les autres avec ses yeux, et l’univers où les autres lui apparaissent selon la qualité de son regard. Ils lui apparaissent au dehors comme ils sont au-dedans de lui….
Ce serait donc là, finalement, une des qualités, un des apanages inévitables de toute connaissance : la connaissance correspond au regard et, selon que le regard est pur, selon que il est droit, selon qu’il est désintéressé, selon qu’il est aimant ou au contraire chargé de haine, le monde prend un autre aspect et l’humanité un autre visage.
C’est ce que le Seigneur sans doute veut nous indiquer lorsqu’il dit:  » La lampe de ton corps, c’est ton regard, c’est ton oeil. Si ton oeil est simple, tout ton corps sera dans la lumière. » ( Mt. 6, 22 )
C’est bien ce que nous pouvons retirer de plus admirable de ce cheminement que nous allons poursuivre avec le Seigneur sur la route d’Emmaüs, c’est que nous le connaîtrons à proportion que nous l’aimerons, et il nous apparaîtra d’autant plus vivant que notre regard sera plus pur et plus aimant.
ZUNDEL, lundi de Pâques 1972 Beyrouth

Le visage du Ressuscité

Comme lors du Vendredi saint et du Samedi saint, l’Église ne cesse de demeurer dans la contemplation de ce visage ensanglanté, dans lequel est cachée la vie de Dieu et est offert le salut du monde. Mais sa contemplation du visage du Christ ne peut s’arrêter à son image de Crucifié. Il est le Ressuscité! S’il n’en était pas ainsi, notre prédication serait vaine et vaine notre foi (cf. 1 Co 15,14). La résurrection fut la réponse du Père à son obéissance, comme le rappelle la Lettre aux Hébreux: « Pendant les jours de sa vie mortelle, il a présenté, avec un grand cri et dans les larmes, sa prière et sa supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort; et, parce qu’il s’est soumis en tout, il a été exaucé. Bien qu’il soit le Fils, il a pourtant appris l’obéissance par les souffrances de sa Passion; et, ainsi conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel » (5,7-9). C’est vers le Christ ressuscité que désormais l’Église a les yeux fixés.

(Jean-Paul II, Novo Millennio ineunte, 28)

 

Son espérance est ma foi

  Son espérance est ma foi

Par celui qui est mort à Bruxelles, Beyrouth, Bamako, Mossoul ou Paris …

Par la victime qui se tait et celle à nos frontières,

par celle qui enfante et celle qui a peur ; par celui qui souffre,

par toi qui as soif et faim, par toi qui n’es pas vêtu, par toi le prisonnier,

et toi dans ces moments pénibles et ceux qui sont la vie,

pour l’amour découvert, nous nous sommes rencontrés !

Pâque : un Week-end prolongé ou l’histoire mythique d’un homme qui ressuscite ?

Non !

Une histoire bien réelle de Dieu fait homme, 

crucifié et ressuscité, qui sauve et libère l’humanité.

Des chrétiens trop habitués ne le remarquent plus,

les autres (habitués aux chrétiens) y songent peu.

La nouvelle est simple et vraie : L’homme est sauvé de la mort, du mal et du mauvais!

Il est libéré ! La mort est tuée ! Elle devient passage vers l’éternité.

Dans ce monde qui désire la justice et la paix, l’espérance est donnée !

L’événement est étrange, mais pourtant il est vrai !

Alors que je rêvais d’un Dieu puissant, magicien et brillant,

je vois un homme les bras ouverts vers moi et qu’on a mis en croix.

Je craignais un juge : le voilà qui se donne et pardonne. Il n’a jamais voulu la souffrance ni la mort.

Lui seul est humain et désire qu’on le soit !

Pour nous le faire comprendre, il nous a aimés comme on n’a jamais aimé :

Il s’est donné et risqué à nos égoïsmes et nos « intérêts »…

Ce vendredi là :

Il est mort crucifié, plus rien que le silence, l’orage est passé, une pluie de cendre,

c’est  la nuit, vide au dedans, au dehors et au delà de l’homme. J’ai peur !

Il est mort, lui le frère que je n’ai pas choisi, lui l’ami qui m’a séduit. Il n’y a plus de vie. Je pleure !

Il est mort, lui dans ce jardin sans arbre qu’une croix transperce.

Il est mort déchiré, lui qui souriait, qui aimait, qui consolait, lui l’innocent.

Sa mère est là et ne comprend pas, J’ai froid !

Il est mort sans liberté, allongé inerte. Plus rien. Je suis brisé, tout est fini.

Pourquoi est-il venu ?

Trois jours après : Dimanche.

Le tombeau est ouvert ! Il est profané !

Le tombeau est vide ! Son corps enlevé !

Le tombeau est vide : RESSUSCITÉ. Il est ressuscité ! L’impossible, l’invraisemblable est vrai, le miracle !

Il est là devant le rêveur qui n’en revient pas !

Il est là devant le philosophe qui ne le pense pas.

Il est là devant l’illusionniste sans illusion…

Il est là devant l’optimiste qui n’espère pas.

Il est là devant l’humaniste qui n’y croit pas.

Il est là devant… face à toi qui pleures, qui crains et doutes, qui peines et souffres, qui aimes et es aimé, qui cherches un sens à ta vie et veux voir l’homme digne.

Il est venu dans notre mort pour nous donner la vie !

Etrangeté !

Voilà des gens qui disent se réunir pour manger la chair et boire le sang de Dieu fait homme afin de devenir éternels, et dans leur corps même. Ils disent que leur Christ est ressuscité le premier, qu’Il est le Sauveur de tous et qu’Il reviendra !

Et il se trouve des gens, ni sots ni fous pour y croire !

J’en suis !

Pâques: miracle de  l’amour sur la haine et de la vie sur la mort..

Cette nouvelle d’un Dieu qui nous aime et nous sauve :

Voilà ma foi et j’espère la tienne..

Ouvrons nos yeux pour reconnaître Jésus-Christ : Trouvons Le à travers tous les hommes.

Ouvrons nos oreilles pour L’entendre : écoutons Sa Parole.

Ouvrons nos cœurs à Lui qui, comme nous, est mystère.                                                             

Père Jean-Emmanuel Gouze, votre curé.

Méditation pour la journée du Samedi Saint

Quel est ce grand silence, aujourd’hui, sur la Terre ?
Silence et solitude
car le grand Roi s’est endormi.
La terre se recueille, craintive,
car Dieu s’est endormi dans sa chair
pour aller réveiller ceux qui dorment
depuis les siècles des siècles.
Le Christ, divin soleil, s’est couché.
C’est aujourd’hui le salut pour le cosmos tout entier,
pour le monde visible et pour le monde invisible
Descendons avec le Christ
et contemplons auprès de Lui
le mystère caché qui s’opère.
Ecoute le sens profond de la Passion du Christ.
Ecoute et chante un hymne de gloire.
Ecoute et célèbre les merveilles de Dieu.
Vois comment s’évanouissent les figures
et disparaissent les ombres,
comment la Loi se retire
pour laisser fleurir la Grâce,
comment le soleil emplit toute la Terre,
comment les choses anciennes sont passées
et les nouvelles sont épanouies.

Prière de Saint Épiphane (315-403)

Prière comme un chemin de croix

Jésus,
Toi l’Innocent, Tu t’es laissé condamner sans te défendre,
Je te prie pour tous ceux qui sont victimes de l’injustice et de la haine

Toi, qui t’es chargé de ta Croix sans un mot de révolte,
Je te prie pour tous ceux qui sont écrasés sous le poids de leurs souffrances.

Toi, qui as rencontré Marie Ta Mère sur le chemin de ton supplice,
Je te prie pour tous ceux qui ont besoin de la consolation d’une mère.

Toi, qui par trois fois es tombé sur le chemin du Calvaire,
Je te prie pour tous ceux qui sont découragés et sans espoir.

Toi, que l’on a vêtu de dérision et dépouillé de ses vêtements,
Je te prie pour tous ceux qui vivent sans dignité et sans amour.

Toi, que notre péché a cloué sur le bois de la Croix,
Je te prie pour tous ceux qui meurent par la faute des hommes.

Toi, qui dans ton dernier souffle veux pardonner à tous les hommes,
Je te prie pour tout homme qui s’agenouille devant la puissance de ton amour.

Toi, dont le corps est déposé au tombeau,
Je te prie dans l’espérance de recevoir ton Corps ressuscité.

Extrait de «Le livre de toutes les prières» – Edi. Mame

3 signes avec Jean Vanier

Pourquoi Jésus nous lave-t-il les pieds et pourquoi demande-t-il que nous nous lavions les pieds les uns aux autres ?
Il y a trois significations du lavement des pieds : un signe pour transmettre l’amour, un moyen pour enseigner le service de l’autorité, un moyen pour transformer la pyramide en un Corps.

Le lavement des pieds comme signe d’amour
Je crois que j’ai un peu découvert cela en vivant à l’Arche.
Quand il s’agenouille devant les pieds de ses disciples Jésus sait que le lendemain il sera mort. Mais il veut avoir un moment avec chaque disciple. Pas seulement pour dire au revoir. Il veut les toucher, toucher leurs pieds, toucher leurs corps, les toucher avec tendresse et amour. Il dit peut-être une parole à chacun, il les regarde dans les yeux. Il y a un moment de communion.
Le lavement des pieds et l’institution de l’Eucharistie sont intimement liés. Nous sommes appelés à manger le Corps du Christ pour pouvoir nous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un moment particulier de Jésus avec ses disciples : Jésus a dû toucher ces corps avec un immense respect, avec amour et tendresse. Il leur révélait, d’une façon spéciale, son amour pour eux. Mais il leur révélait aussi que chacun d’eux était beau, choisi, et aimé, pour continuer cette mission, qui est sa mission, d’annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, la liberté aux prisonniers, pour redonner la vue aux aveugles, la liberté aux opprimés, et pour annoncer une année de grâce et de pardon.

Le lavement des pieds pour enseigner le service de l’autorité
Mais Jésus est aussi là comme un serviteur, un esclave. Il est là pour nous. Il nous dit : « Je veux vous servir; je veux vous investir d’un pouvoir. Vous allez recevoir l’Esprit Saint et vous devez continuer ce que j’ai fait. »… Jésus sait que ce n’est pas facile d’exercer l’autorité. Jésus, à genoux à nos pieds, nous dit : « Je veux que tu exerces ton autorité dans l’amour. Comme un bon berger qui donne sa vie pour ses brebis. Exercer l’autorité avec tendresse et amour. Exercer l’autorité dans la vérité et dans un esprit de pardon. » Jésus nous montre comment il veut que nous exercions l’autorité, non pas du haut d’un piédestal mais tout près des personnes. Il faut confirmer les personnes, les aider à grandir dans la liberté et la vérité.

Le lavement des pieds pour transformer la pyramide en un Corps
Nous savons ce qu’est la pyramide. Quelques uns ont le pouvoir, les privilèges et la richesse. Au bas de la pyramide, se trouve la masse immense des gens pauvres et brisés. Jésus a voulu transformer cela en un Corps. C’est pour cela que Paul, dans la première lettre aux Corinthiens parle de l’Église comme d’un Corps, dans lequel chaque personne est différente et chacun est important. Les parties du corps qui sont les moins présentables, les plus faibles, sont nécessaires et doivent être honorées.

Le lavement des pieds est symbolique. C’est un geste qui parle de service, de communion, de pardon mutuel, de co-existence, d’unité. …Ce n’est pas seulement parler avec les personnes mais reconnaître que leur corps est le Temple de Dieu. Reconnaître que l’Esprit de Dieu vit en elles. Reconnaître que leur corps est précieux.

Jean VANIER ,

Fondateur des « Communautés de l’Arche » et de « Foi et Lumière ».

Comprendre avec le pape François

C’est émouvant. Jésus qui lave les pieds de ses disciples. Pierre ne comprenait rien, il refusait. Mais Jésus lui a expliqué. Jésus – Dieu – a fait cela ! Et lui-même explique aux disciples : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jn 13, 12-15). C’est l’exemple du Seigneur : Lui est le plus important et il lave les pieds, parce que parmi nous celui qui est le plus grand doit être au service des autres. Et cela est un symbole, c’est un signe, non ? Laver les pieds c’est : ‘je suis à ton service’. Et nous aussi, parmi nous, n’est-ce pas que nous devons laver les pieds tous les jours l’un à l’autre, mais qu’est ce que cela signifie ? Que nous devons nous aider, l’un l’autre. Parfois je me suis mis en colère avec l’un, avec une autre…. mais… laisse tomber, laisse tomber, et s’il te demande un service, faites-le. Nous aider l’un l’autre : c’est ce que Jésus nous enseigne et c’est cela que je fais, et je le fais de tout cœur, parce que c’est mon devoir. Comme prêtre et comme évêque je dois être à votre service. Mais c’est un devoir qui me vient du cœur : je l’aime. J’aime cela et j’aime le faire parce que le Seigneur m’a enseigné ainsi. Mais vous aussi, aidez vous : aidez-vous toujours. L’un l’autre. Et ainsi en nous aidant nous nous ferons du bien. Maintenant nous allons faire cette cérémonie du lavement des pieds et nous pensons, que chacun de nous pense : ‘Est-ce que vraiment je suis disposée, disposé, à servir, à aider l’autre ?’ Pensons à cela, seulement. Et pensons que ce signe est une caresse de Jésus, que fait Jésus, parce que Jésus est venu précisément pour cela : pour servir, pour nous aider.