Homélie du pape François, pour la messe de Noël

24 décembre 2016 : Statue de l'Enfant Jésus lors de la messe de Noël célébrée en la basilique Saint Pierre, au Vatican, Rome, Italie. December 24, 2016: Statue of Baby Jesus during the Christmas Eve Mass, celebrated in St. Peter's Basilica at the Vatican.

Joseph, avec Marie son épouse, monta jusqu’à « la ville de David appelée Bethléem» (Lc 2,4). Cette nuit, nous aussi, nous montons jusqu’à Bethléem pour y découvrir le mystère de Noël.

1. Bethléem: le nom signifie maison du pain. Dans cette ‘‘maison’’, le Seigneur donne aujourd’hui rendez-vous à l’humanité. Il sait que nous avons besoin de nourriture pour vivre. Mais il sait aussi que les aliments du monde ne rassasient pas le cœur. Dans l’Écriture, le péché originel de l’humanité est associé précisément au manger : « elle prit de son fruit, et en mangea » dit le livre de la Genèse (3, 6). Elle prit et elle mangea. L’homme est devenu avide et vorace. Avoir, amasser des choses semble pour beaucoup de personnes le sens de la vie. Une insatiable voracité traverse l’histoire humaine, jusqu’aux paradoxes d’aujourd’hui ; ainsi quelques-uns se livrent à des banquets tandis que beaucoup d’autres n’ont pas de pain pour vivre.

Bethléem, c’est le tournant pour changer le cours de l’histoire. Là, Dieu, dans la maison du pain, naît dans une mangeoire. Comme pour nous dire : me voici tout à vous, comme votre nourriture. Il ne prend pas, il offre à manger : il ne donne pas quelque chose, mais lui-même. À Bethléem, nous découvrons que Dieu n’est pas quelqu’un qui prend la vie mais celui qui donne la vie. À l’homme, habitué depuis les origines à prendre et à manger, Jésus commence à dire : « Prenez, mangez : ceci est mon corps » (Mt 26, 26). Le petit corps de l’Enfant de Bethléem lance un nouveau modèle de vie : non pas dévorer ni accaparer, mais partager et donner. Dieu se fait petit pour être notre nourriture. En nous nourrissant de lui, Pain de vie, nous pouvons renaître dans l’amour et rompre la spirale de l’avidité et de la voracité. De la ‘‘maison du pain’’, Jésus ramène l’homme à la maison, pour qu’il devienne un familier de son Dieu et frère de son prochain. Devant la mangeoire, nous comprenons que ce ne sont pas les biens qui entretiennent la vie, mais l’amour ; non pas la voracité, mais la charité ; non pas l’abondance à exhiber, mais la simplicité à préserver.
Le Seigneur sait que nous avons besoin chaque jour de nous nourrir. C’est pourquoi il s’est offert à nous chaque jour de sa vie, depuis la mangeoire de Bethléem jusqu’au cénacle de Jérusalem. Et aujourd’hui encore sur l’autel, il se fait Pain rompu pour nous : il frappe à notre porte pour entrer et prendre son repas avec nous (cf. Ap 3, 20). À Noël, nous recevons sur terre Jésus, Pain du ciel : c’est une nourriture qui ne périme jamais, mais qui nous fait savourer déjà la vie éternelle.

À Bethléem, nous découvrons que la vie de Dieu court dans les veines de l’humanité. Si nous l’accueillons, l’histoire change à commencer par chacun d’entre nous. En effet, quand Jésus change le cœur, le centre de la vie n’est plus mon moi affamé et égoïste, mais lui qui naît et vit par amour. Appelés cette nuit à sortir de Bethléem, maison du pain, demandons-nous : quelle est la nourriture de ma vie, dont je ne peux me passer ? Est-ce le Seigneur ou quelque chose d’autre ? Puis, en entrant dans la grotte, flairant dans la tendre pauvreté de l’Enfant un nouveau parfum de vie, celle de la simplicité, demandons-nous : ai-je vraiment besoin de beaucoup de choses, de recettes compliquées pour vivre ? Est-ce j’arrive à me passer de tant de garnitures superflues, pour mener une vie plus simple ? À Bethléem, à côté de Jésus, nous voyons des gens qui ont marché, comme Marie, Joseph et les pasteurs. Jésus est le Pain de la route. Il n’aime pas des digestions paresseuses, longues et sédentaires, mais il demande qu’on se lève en hâte de table pour servir, comme des pains rompus pour les autres. Demandons-nous : à Noël, est-ce je partage mon pain avec celui qui n’en a pas ?

2. Après Bethléem maison du pain, réfléchissons sur Bethléem maison de David. Là, David, jeune garçon, faisait le pasteur et à ce titre il a été choisi par Dieu, pour être pasteur et guide de son peuple. À Noël, dans la ville de David, pour accueillir Jésus, il y a précisément les pasteurs. Dans cette nuit « ils furent saisis d’une grande crainte, nous dit l’Évangile » (Lc 2, 9), mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas » (v. 10). Dans l’Évangile revient tant de fois ce ne craignez pas : c’est comme un refrain de Dieu à la recherche de l’homme. En effet, l’homme depuis les origines, encore à cause du péché, a peur de Dieu : « j’ai eu peur […], et je me suis caché » (Gn3, 10), a dit Adam après le péché. Bethléem est le remède à la peur, parce que malgré les ‘‘non’’ de l’homme, là Dieu dit pour toujours ‘‘oui’’ : pour toujours il sera Dieu-avec-nous. Et pour que sa présence n’inspire pas la peur, il s’est fait un tendre enfant. Ne craignez pas : cela n’est pas dit à des saints, mais à des pasteurs, des gens simples qui en même temps ne se distinguent pas par la finesse ni par la dévotion. Le Fils de David naît parmi les pasteurs pour nous dire que personne n’est jamais seul ; nous avons un Pasteur qui surmonte nos peurs et nous aime tous, sans exceptions.

Les pasteurs de Bethléem nous disent aussi comment aller à la rencontre du Seigneur. Ils veillent dans la nuit : ils ne dorment pas, mais font ce que Jésus demandera à plusieurs reprises : veiller (cf. Mt 25, 13; Mc 13, 35 ; Lc 21, 36). Ils restent éveillés, attendent éveillés dans l’obscurité ; et Dieu « les enveloppa de sa lumière » (Lc 2, 9). Cela vaut aussi pour nous. Notre vie peut être une attente, qui également dans les nuits des problèmes s’en remet au Seigneur et le désire ; alors elle recevra sa lumière. Ou bien une prétention, où ne comptent que les forces et les moyens propres : mais dans ce cas, le cœur reste fermé à la lumière de Dieu. Le Seigneur aime être attendu et on ne peut pas l’attendre dans le divan, en dormant. En effet, les pasteurs se déplacent : « ils se hâtèrent » dit le texte (v. 16). Ils ne restent pas sur place comme celui qui sent qu’il est arrivé et n’a besoin de rien, mais ils s’en vont ; laissant le troupeau sans surveillance, ils prennent des risques pour Dieu. Et après avoir vu Jésus, sans même être des experts de discours, ils vont l’annoncer, à telle enseigne que « tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leurs racontaient les bergers » (v. 18).

Attendre éveillé, aller, risquer, raconter la beauté : ce sont des gestes d’amour. Le bon Pasteur, qui à Noël vient donner la vie aux brebis, à Pâques adressera à Pierre et, à travers lui à nous tous, la question finale : « M’aimes-tu » (Jn 21, 15). C’est de la réponse que dépendra l’avenir du troupeau. Cette nuit, nous sommes appelés à répondre, à lui dire nous aussi : ‘‘Je t’aime’’. La réponse de chacun est essentielle pour le troupeau tout entier. «Allons jusqu’à Bethléem » (Lc 2, 15) : c’est ce qu’ont dit et fait les pasteurs. Nous aussi, Seigneur, nous voulons venir à Bethléem. Aujourd’hui également la route est ascendante : on doit dépasser le sommet de l’égoïsme, il ne faut pas glisser dans les ravins de la mondanité et du consumérisme. Je veux arriver à Bethléem, Seigneur, parce que c’est là que tu m’attends. Et me rendre compte que toi, déposé dans une mangeoire, tu es le pain de ma vie. J’ai besoin du parfum tendre de ton amour pour être, à mon tour, pain rompu pour le monde. Prends-moi sur tes épaules, bon Pasteur : aimé par toi, je pourrai moi aussi aimer et prendre mes frères par la main. Alors, ce sera Noël quand je pourrai te dire : ‘‘Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime’’ (cf. Jn 21, 17).

Pape François
24 décembre 2018

Laissez vous réconcilier …

Laissez vous réconcilier :

  • Mardi 18 décembre : 19h/22h à l’église St Martin de Meudon et 15h30/16h30 à l’église du St Esprit de Meudon-la-Forêt ;
  • Samedi 22 décembre : 10h/12h à St François de Sales de Clamart

 

Voici quelques textes de st Paul pour vous aider à vous confesser autrement, si la manière dont vous vivez ces moments vous lasse (vous dîtes toujours les mêmes choses) ou si vous avez renoncé à vivre la réconciliation parce que vous ne vous êtes finalement pas trop renouvelé depuis votre enfance…

Trois idées président à cette pédagogie :

  1. Vivez la confession comme une prière (construite). Adressez-vous au Christ ou à son Père (pas forcément au prêtre) en commençant par un remerciement, une louange (quelque fois incluse dans le texte de l’Ecriture). Puis lisez le texte d’Ecriture choisi : c’est le cadeau que le Seigneur vous fait pour relire votre vie, filtrée et portée par sa Parole.Préparez ce que vous avez à dire et ne vous souciez pas des détails. Le prêtre, s’il perçoit que c’est nécessaire saura vous le demander, mais il sera heureux de prier avec vous, car son ministère de réconciliation est pour lui une merveille, une action de grâce.
  2. Dans la préparation (avant la rencontre), ne regardez pas seulement votre conscience (comme si elle suffisait à dire ce qui vous sépare de Dieu), mais lisez l’Evangile : ce que Jésus et l’Esprit Saint vous demandent de vivre. En fait, la vie chrétienne c’est désirer tendre vers l’union entre sa conscience et l’Evangile. Evangéliser sa conscience. Imprégner sa conscience des mots de l’Evangile pour que l’Evangile soit Le Guide de mes actions et de mes pensées.
  3. En prenant chaque fois l’un des textes ci-dessous, vous  pouvez arriver à redire finalement les mêmes péchés, mais c’est à partir de l’Evangile de Dieu qu’ils vous sont redonnés  en conscience et l’Esprit du Seigneur donc, les travaille. L’Evangile nous éduque. Quand on ne se confesse qu’à partir de sa seule conscience, on est trop dans la subjectivité. On avoue plus ce qui nous blesse ou nous vexe, que ce que le Seigneur veut que nous vivions et que nous ne vivons pas. Dans le fond, Dieu seul peut nous révéler ce qui constitue notre péché mais, Lui, quand Il nous le révèle, c’est pour le détruire et nous en sauver. C’est exactement cela son pardon.

Je vous propose de prendre Zachée comme sponsor spirituel de votre confession, comme modèle. Car dans le fond, c’est un peu ce que chacun aimerait vivre : une rencontre d’une telle densité que son cœur devient juste, qu’il répare ses fautes dans la joie et qu’il confesse la Seigneurie de Jésus.

Zachée était chef des collecteurs d’impôts, c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir Jésus…Il grimpa sur un sycomore. Jésus leva les yeux et l’interpella : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » : voilà ce qu’est cette rencontre sacramentelle : Jésus s’invite chez moi, il veut demeurer chez moi !

« Vite, il descendit, et reçut Jésus avec joie. Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un pécheur. » Non, Jésus n’a pas dit « loger », il a dit « demeurer ». C’est la grâce du sacrement que de savoir que Jésus demeure en nous. Pour nous permettre dans la durée de pardonner comme on est pardonné. D’aimer comme on est aimé ! On ne se confesse pas pour blanchir sa conscience, mais pour construire une autre vie. Avec l’Evangile.

« Zachée dit alors: « Voilà, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »

Son cœur est retourné : Zachée ne savait pas qu’il était connu et aimé de Jésus. Il avait une telle image de lui ! Il donnait à voir une telle image de lui… Il n’était pas aimé, il ne s’aimait pas et cette rencontre est une révélation : « Je ne vaux pas ce que les autres pensent de moi, je ne vaux pas ce que je pense de moi. J’ai maintenant à mes yeux, la valeur du regard que le Seigneur a posé sur moi ». Son cœur dur est devenu un cœur pur ! Jésus Christ a changé son cœur. Voilà ce qu’on attend, dans le fond, d’une confession : d’avoir un coeur libéré du mal. Un cœur pour aimer généreusement.

Et Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison ». Le salut, c’est voir son cœur dur devenir un cœur pur.

Bon, on ne dit pas que le changement du cœur de Zachée est définitif. En se regardant soi-même, on sait bien qu’on est fragile et instable. Mais l’essentiel dans la confession, c’est de reconnaître la Seigneurie de Jésus sur sa vie de pécheur. Cette puissance du Christ sur nos vies qu’Il exerce en nous demandant de vivre selon sa Parole.

Ces extraits de lettres de st Paul vous proposent cela. 

2 Timothée, 1, 6-14       : 

« Je te rappelle que tu dois réveiller en toi le don de Dieu que tu as reçu quand je t’ai imposé les mains. Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de raison.

N’aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, et n’aie pas honte de moi, qui suis en prison à cause de lui ; mais, avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile. Car Dieu nous a sauvés, et il nous a donné une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles, et maintenant elle est devenue visible à nos yeux, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s’est manifesté en détruisant la mort, et en faisant resplendir la vie et l’immortalité par l’annonce de l’Évangile, pour lequel j’ai reçu la charge de messager, d’apôtre et d’enseignant.

C’est pour cette raison que j’ai encore à souffrir ainsi ; mais je ne le regrette pas, car je sais en qui j’ai mis ma foi, et je suis sûr qu’il est assez puissant pour sauvegarder jusqu’au jour de sa venue l’Évangile dont je suis le dépositaire. Règle ta doctrine sur l’enseignement solide que tu as reçu de moi, dans la foi et dans l’amour que nous avons en Jésus Christ. Tu es le dépositaire de l’Évangile ; garde-le dans toute sa pureté, grâce à l’Esprit Saint qui habite en nous. »

 

  • Quels dons de Dieu dorment en moi ? Quels charismes, quelles qualités est- ce que je ne partage plus ? Ou au contraire, est- ce qu’il m’est arrivé de m’enorgueillir de telle qualité, d’en profiter pour mon ego ?
  • Dans certains domaines, n’ai-je pas un esprit de peur qui me tétanise ou une fixation sur Dieu qui m’empêche de progresser dans mon amour pour Lui ?
  • Comment je rends témoignage ? M’arrive t’il de taire Dieu, de cacher ma foi ?
  • Vivre l’Evangile peut engendrer de la souffrance par des choix à faire. Est-ce qu’il m’arrive de démissionner devant de telles décisions à prendre ?
  • Jésus a détruit la mort : ça, nous le croyons et nous le « vérifierons » à notre mort en contemplant le Ressuscité. Mais pour le temps de la vie terrestre, Il détruit le mal (petite sœur de la mort). Quel mal n’a-t-il pas détruit en moi ? Est-ce que je défends toujours la vie ?
  • « Je sais en qui j’ai mis ma foi » : Comment j’entretiens ma foi, ma vie spirituelle ? Est-ce que       je forme ma foi pour qu’elle alimente les questions que ma vie d’aujourd’hui me pose?
  • Est-ce que je règle toute ma vie sur l’enseignement solide reçu de l’Eglise ?

    

1 Thessaloniciens 5, 15 -23     

« Nous vous en prions, frères : avertissez ceux qui vivent dans l’oisiveté, donnez du courage à ceux qui n’en ont pas beaucoup, soutenez les faibles, soyez patients envers tous.

Prenez garde que personne ne rende le mal pour le mal, mais recherchez toujours ce qui est bien, entre vous et avec tout le monde.

Soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus.

N’éteignez pas l’Esprit, ne repoussez pas les prophètes, mais discernez la valeur de toute chose.

Ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de tout ce qui porte la trace du mal.

Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers, et qu’il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps, pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. »

  • Comment est ce que je me comporte avec mes collègues, mes amis, mes enfants les plus petits, les plus vulnérables?
  • Suis-je quelqu’un qui fortifie, qui encourage ?
  • Suis-je patient avec tous ? Avec qui aurais-je le plus besoin de me convertir ? Est-ce que je sais reconnaître mes torts dans ce domaine ?
  • M’est-il arrivé de rendre le mal ?
  • De rechercher le mal, méchamment, volontairement ?
  • Suis-je toujours dans la joie ?
  • Que veut dire pour moi, avec la vie que j’ai : « prier sans relâche » ? Comment y tendre ?
  • Même question pour l’action de grâce.
  • Eteindre l’Esprit, ça peut être mettre de temps en temps sous l’éteignoir ma conscience (morale) ou soustraire certaines zones de ma vie à l’Evangile, au désir de Dieu.
  • De quel mal (majeur) ai-je du mal à m’éloigner ?
  • Mon Dieu est-Il un Dieu de paix, ou un Dieu Juge ?
  • Mon esprit, mon âme, mon corps sont-ils sans reproche ?

     

Colossiens 3, 5- 16   

« Faites mourir en vous ce qui appartient encore à la terre : débauche, impureté, passions, désirs mauvais, et cet appétit de jouissance qui est un culte rendu aux idoles.

Voilà ce qui provoque la colère de Dieu, voilà quelle était votre conduite autrefois lorsque vous viviez dans ces désordres.

Mais maintenant, débarrassez-vous de tout cela : colère, emportement, méchanceté, insultes, propos grossiers. Plus de mensonge entre vous ;

Débarrassez-vous des agissements de l’homme ancien qui est en vous, et revêtez l’homme nouveau, celui que le Créateur refait toujours neuf à son image pour le conduire à la vraie connaissance.

Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes ses fidèles et ses bien-aimés, revêtez votre coeur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience.

Supportez-vous mutuellement, et pardonnez si vous avez des reproches à vous faire. Agissez comme le Seigneur : il vous a pardonné, faites de même.

Par-dessus tout cela, qu’il y ait l’amour : c’est lui qui fait l’unité dans la perfection.

Et que, dans vos coeurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés pour former en lui un seul corps. »

  • Reprenez « tout ce qui doit mourir en nous », en ne vous arrêtant pas au mot, (par ex. « idole ») mais en cherchant à l’actualiser avec votre vie.
  • Reprenez aussi la deuxième liste dite des « désordres »
  • Qu’y a-t-il encore « d’ancien » en vous ?
  • La troisième liste est positive. Dîtes aussi à Dieu ce que vous arrivez à vivre, positivement. Et aussi à l’égard de qui avez-vous conscience d’avoir à progresser ?
  • Ai-je du mal à accepter le pardon qu’une personne veut me donner ?
  • Est-ce qu’il y une rancune, une mémoire qui m’empêche de mettre mon cœur dans l’unité ou dans l’amour ?
  • Est-ce que ma vie sacramentelle me donne le sentiment de progresser pour faire « un seul corps avec le Christ » ?

     

Philippiens 4, 4-9

« Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie.

Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche.

Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre coeur et votre intelligence dans le Christ Jésus.

Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le à votre compte.

Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous. »

  • « M’arrive t’il de refuser la joie, d’apporter la tristesse, d’être de mauvaise foi ?
  • Est-ce qu’il m’arrive de faire porter mes soucis à d’autres de manière à me faire plaindre ou remarquer ?
  • « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes pour peur de choses… » a dit Jésus. « Ne soyez inquiets de rien », dit st Paul. Y a-t-il des perspectives ou des décisions que je prends seul, sans prier et qui m’inquiètent, me troublent ?
  • M’arrive t’il d’être dans l’activisme ?
  • Comment est ce que je garde mon cœur et mon intelligence dans le Christ ?
  • « Vrai, noble, juste, pur » : Y a-t-il, dans ma vie, des espaces qui ne sont pas franchement proche de ces vertus ? (gestion de l’argent, gestion de mon regard, gestion de mes relations aux autres…°
  • Qu’avez-vous reçu (de votre famille, de l’Eglise) que vous savez ne pas mettre en pratique ?

 

Ephésiens 4, 22-30 et 5, 8-10      

« Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, de l’homme ancien qui est en vous, corrompu par ses désirs trompeurs.

Laissez-vous guider intérieurement par un esprit renouvelé. Adoptez le comportement de l’homme nouveau, créé saint et juste dans la vérité, à l’image de Dieu. Débarrassez-vous donc du mensonge, et dites la vérité à votre prochain, parce que nous sommes membres les uns des autres. Si vous êtes en colère, ne tombez pas dans le péché ; avant le coucher du soleil mettez fin à votre emportement.

Ne donnez pas prise au démon. Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré pour nous en offrant à Dieu le sacrifice qui pouvait lui plaire. Comme il convient à des membres du peuple saint, la débauche, l’impureté sous toutes ses formes et l’appétit de jouissance sont des choses qu’on ne doit même plus évoquer chez vous ; pas davantage de propos grossiers, stupides ou scabreux – tout cela est déplacé – mais plutôt des actions de grâce. Ne laissez personne vous égarer par des paroles creuses.

Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière – or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité. »

  • Quels moyens vous donnez-vous (ou pas) pour vous « laisser guider intérieurement » ?
  • Vous arrive t’il de mentir ? (A un autre ou à vous-même) ? Etes-vous parfois en colère ? Vous laissez-vous emporter ? Savez-vous vous réconcilier avant le coucher du soleil?
  • « Débauche, impureté, esprit de jouissance » : ces attitudes évoquent-elles des moments de votre vie (ou des vices récurrents) ?
  • Même réflexion pour les propos grossiers, stupides etc…
  • Participez-vous à des discussions creuses, inutiles ?
  • Quand vous est-il arrivé de vivre loin de la bonté, de la justice, de la vérité (de Dieu)

   

Galates, 5, 1, puis 13- 17      

« Si le Christ nous a libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres. Alors tenez bon, et ne reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage.

Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres.

Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Je vous le dis : vivez sous la conduite de l’Esprit de Dieu ; alors vous n’obéirez pas aux tendances égoïstes de la chair.

Car les tendances de la chair s’opposent à l’esprit, et les tendances de l’esprit s’opposent à la chair ».

  • « Se mettre au service des autres par amour » : Quelles personnes devrais-je en priorité servir comme cela et je ne le fais pas ou mal ?
  • Y a-t-il des personnes dont je ne veux vraiment pas me mettre au service dans l’amour ?
  • « Aimer l’autre et s’aimer soi » : la Loi lie les deux ensemble. Est-ce que je m’aime ? Est-ce que je m’accepte dans mes finitudes ? Est-ce que j’accepte que Dieu ait un autre regard sur moi (un regard sauveur, un regard qui ne condamne pas, un regard qui m’aime tel que je suis…) ?
  • Ce regard de Dieu sur moi
  • Qui est ce que je dévore ou je mords ?
  • Les tendances de la chair, c’est vivre son humanité coupée de Dieu. Vivre dans l’Esprit, c’est vivre son humanité sous le regard de Dieu. Vivre pour soi, contre les autres ou au contraire ouvrir mes relations à la vie de l’Esprit ?

 

2 Corinthiens 4, 6-9      

« Le Dieu qui a dit : La lumière brillera au milieu des ténèbres, a lui-même brillé dans nos coeurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ.

Mais ce trésor, nous, les Apôtres, nous le portons en nous comme dans des poteries sans valeur ; ainsi, on voit bien que cette puissance extraordinaire ne vient pas de nous, mais de Dieu.

A tout moment, nous subissons l’épreuve, mais nous ne sommes pas écrasés ;

            nous sommes désorientés, mais non pas désemparés ;

            nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés ;

            terrassés, mais non pas anéantis. »

 

  • La lumière de la foi brille t’elle toujours dans mon cœur ?
  • Est-ce que j’entretiens suffisamment cette flamme ? Est-ce que les moyens que je me donne aujourd’hui sont adaptés à ma soif, à ma vie, à mes besoins d’aujourd’hui ?
  • La lumière de l’amour de Dieu éclaire t’elle ma manière d’aimer ? Est-ce que j’aime avec mon cœur, avec mon corps, avec mon esprit et mon jugement (retenu) comme Jésus aime, comme l’Eglise me demande d’aimer ?
  • La lumière de l’espérance illumine t’elle mes combats, mes espoirs ? Est-ce que je vis mes épreuves dans l’espérance ?
  • Est-ce que j’ai douloureusement éprouvé, par ma faiblesse, par des contre- témoignages d’être comme une poterie sans valeur ?
  • Dans les épreuves –morales, spirituelles, physiques – est ce que je me retrouve dans les qualificatifs de st Paul ? M’arrive t’il de craquer ?

 

1 Corinthiens 1, 10-3

« Frères, je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ à être tous vraiment d’accord ; qu’il n’y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et de sentiments.

J’ai entendu parler de vous, mes frères, par les gens de chez Cloé : on dit qu’il y a des disputes entre vous. Je m’explique. Chacun de vous prend parti en disant : « Moi, j’appartiens à Paul », ou bien : « J’appartiens à Apollos », ou bien : « J’appartiens à Pierre », ou bien : « J’appartiens au Christ ». Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce donc Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ?

D’ailleurs, le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et sans avoir recours à la sagesse du langage humain, ce qui viderait de son sens la croix du Christ.

Car le langage de la croix est folie pour ceux qui vont vers leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu.

Puisque le monde, avec toute sa sagesse, n’a pas su reconnaître Dieu à travers les oeuvres de la sagesse de Dieu, il a plu à Dieu de sauver les croyants par cette folie qu’est la proclamation de l’Évangile. Alors que les Juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens.

Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car la folie de Dieu est plus sage que l’homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme.

Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance.

Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose, afin que personne ne puisse s’enorgueillir devant Dieu. »

  • Est-ce qu’il m’est arrivé d’être facteur de division par des actes, des paroles, des mensonges ?
  • Dans l’Eglise, m’arrive t’il d’être idéologue ou de juger ? Et dans ma famille ? Et en amitié : de médire, de jalouser, de faire circuler des bruits non vérifiés ?
  • Le « langage de la croix », c’est le langage du don, du pardon et de l’abandon : est ce que je parle cette langue ? Y a-t-il des personnes à l’égard desquelles il n’est pas question que je parle ce langage ? (Y a-t-il une guérison possible ?)
  • Suis-je fou, faible, modeste au sens paulinien ?
  • Comment est ce que je regarde les autres ? Mes critères (beauté, intelligence, influence, amour) sont-ils évangéliques ?
  • M’arrive t’il de me prendre pour plus grand (e) que je ne suis ? De m’enorgueillir devant Dieu ?

Mgr. Mathieu Rougé (suite)

Petit traité d’antidéfaitisme catholique (Paris, Robert Laffont, 2014, 264 p.)

« Aujourd’hui encore, en France et dans le catholicisme français, on tend à se méfier de la liberté. Aussi surprenant que cela puisse paraître, des réflexions d’Edouard Balladur sur l’économie sonnent comme un véritable diagnostic spirituel : « Que de forces jouent contre la liberté ! […] Le modèle [de la classe intellectuelle] demeure encore et toujours, quelque costume qu’il revête, le despotisme éclairé. Privilégier la liberté, c’est avoir confiance en l’homme, c’est-à-dire admettre l’imprévisible. Les intellectuels aiment planifier, gouverner l’avenir, ils redoutent d’être pris de court ; les hommes de pouvoir aussi. » On n’aime pas assez les initiatives dans le catholicisme français. Leurs auteurs sont facilement suspectés d’avoir des motivations peccamineuses, de chercher surtout à se faire valoir. Il va de soi que tout responsable doit faire preuve de discernement et que les meilleures intentions peuvent dériver et gagnent au moins toujours à se purifier. Mais quel dommage, et quelle perte pour le discernement lui-même, de ne pas commencer par accueillir avec bienveillance ! « Non intratur in veritatem nisi per caritatem », « on n’entre dans la vérité que par la charité », disait Saint Augustin. Peut-on rêver qu’une prise de conscience de cette peur chronique de l’authentique liberté dégage le catholicisme français du frein janséniste qui alourdit si sévèrement sa marche ?

Une de conséquences du staphylocoque janséniste réside dans le défaut d’humanité du fonctionnement ecclésial. « Puisque la dimension humaine est suspecte, ne lui donnons pas trop d’espace », se disent, inconsciemment le plus souvent, certains responsables. A l’inverse, les grands renouveaux de la foi chrétienne, à travers l’histoire, en France comme ailleurs, proviennent toujours d’une prise au sérieux enthousiaste de l’humanité : celle de Jésus d’abord, puis, dans sa lumière, l’humanité en général. Il suffit de citer sur ce point saint Bernard, saint François d’Assise, sainte Marguerite-Marie et la spiritualité du Sacré-Cœur, véritable et providentiel antidote au jansénisme, ou encore sainte Thérèse de Lisieux. Mais dès que faiblit la flamme de ces renouveaux, il peut régner parmi les catholiques français un climat de dureté, voire d’indélicatesse, qui n’honore pas la consigne de Jésus : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra pour mes disciples. » Quel contraste merveilleux, et thérapeutique du coup, dans l’homélie d’intronisation du pape François ! « Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, et même pas non plus de la tendresse ! […] Dans les Evangiles, saint Joseph apparaît comme un homme fort, courageux, travailleur, mais dans son âme émerge une grande tendresse, qui n’est pas la vertu du faible, mais, au contraire, dénote une force d’âme et une capacité d’attention, de compassion, de vraie ouverture à l’autre, d’amour. Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, de la tendresse ! »                                    (pp 105-106)

Choix de livres « Heureux »

A l’occasion de leur béatification le 8 décembre à Oran, de nombreux ouvrages sont consacrés aux religieux et religieuses d’Algérie assassinés pendant la décennie noire et reconnus martyrs par l’Église catholique.

MOINES DE TIBHIRINE. HEUREUX CEUX QUI ESPÈRENT. Autobiographies spirituelles,
Bayard/Cerf/Abbaye de Bellefontaine, 2018, 763 p., 29 €

PIERRE CLAVERIE, LA FÉCONDITÉ D’UNE VIE DONNÉE,  Sous la direction de Jean-Jacques Perennès, préface du cardinal Jean-Louis Tauran,
Cerf, 196 p., 19 €

BIENHEUREUX CEUX QUI DONNENT LEUR VIE, Les martyrs d’Algérie,
du Père Thomas Georgeon,
Éditions du Signe, 51 p., 8€

« La sanctification est un cheminement communautaire, à faire deux à deux », rappelait récemment le pape François dans son exhortation apostolique sur la sainteté, Gaudete et exsultate, avant de citer les moines trappistes de Tibhirine. Comment ne pas en voir la preuve et l’éclatant témoignage dans le chemin parcouru par les 19 religieux et religieuses d’Algérie, reconnus martyrs en janvier et dont la béatification sera célébrée samedi 8 décembre à Oran ?

« Deux à deux quotidien »

C’est parfois « deux à deux » (parfois plus) qu’ils ont été saisis par la violence islamiste  : le mariste Henri Vergès et la petite sœur de l’Assomption Paul-Hélène Saint-Raymond, dans la bibliothèque qu’ils tenaient au cœur de la casbah d’Alger  ; soeurs Caridad et Esther, les deux Espagnoles et Augustines missionnaires  ; les quatre pères blancs  ; sœurs Angèle et Bibiane, de Notre-Dame des Apôtres… Ce que rappelle le court livret illustré que consacrent les éditions du Signe aux 19 nouveaux bienheureux.

Mais au-delà des circonstances tragiques de leur mort, les nombreux ouvrages qui leur sont consacrés montrent à quel point leur vocation à la sainteté s’est réalisée dans un « deux à deux quotidien », avec et au milieu des Algériens, grâce à « ceux et celles que la vie de quartier, les services partagés, avaient fait leur prochain », note le postulateur de leur cause, le frère Thomas Georgeon.

C’est justement cette « dimension communautaire » que l’Association pour les écrits des sept de l’Atlas souhaite mettre en lumière en publiant les fonds documentaires et d’archives concernant chacun des sept moines de l’abbaye Notre-Dame de l’Atlas, à Tibhirine, enlevés et assassinés en 1996. Grâce au diaire de l’abbaye, mais aussi aux correspondances privées ou aux journaux tenus par certains frères, ce premier volume (plus de 700 pages), dessine plus finement leur itinéraire spirituel que ne l’ont fait les nombreux films et ouvrages jusque là.

Itinéraire spirituel

La joie de la petite communauté d’accueillir un nouveau frère – « Un savoyard de Tamié, la cinquantaine, ouvert, souriant et priant… Mystère de la volonté si bonne de Dieu père », écrit frère Christophe à ses parents à propos de l’arrivée de frère Paul  ; les liens entretenus par le prieur avec les familles des frères  ; mais aussi leurs appréciations les uns sur les autres – « Frères Célestin est courageux dans sa faiblesse. C’est beau » – dévoilent un peu de la manière dont s’est déployé leur martyr, au sein de la petite Église d’Algérie, au milieu surtout de leurs voisins musulmans. « C’est inouï ce qu’une foi peut sortir fortifiée d’une rencontre (avec un frère musulman) où elle sait que le Tout-Autre en l’autre se fraye un passage d’homme », écrit fr. Christian à un ami prêtre.

Et comment ne pas lire, ou relire, aussi la vie de Pierre Claverie, l’ancien évêque d’Oran, assassiné le 1er août 1996, avec son ami Mohamed Bouchiki, à la lumière des paroles du pape François  ? Si la communauté dominicaine était déjà réduite lors de son arrivée en Algérie, ne faut-il pas élargir aux frontières de l’Algérie (au moins) la dimension communautaire de son chemin de foi  ? Ce pied-noir, né à Bab-el-Oued, « fut conduit à Dieu et à la vie religieuse par le séisme intérieur que représenta pour lui la prise de conscience de cette réalité arabe et musulmane à côté de laquelle il était largement passé dans sa jeunesse », souligne Jean-Jacques Pérennès, qui a choisi de solliciter une dizaine de proches de l’ancien évêque d’Oran, pour éclairer chacun une des facettes de sa vie et de son apostolat.

« Leur mort est un accomplissement et un appel »

La rencontre avec l’islam, et les musulmans, retracée par Mgr Henri Teissier, évêque émérite d’Alger, en est une, à laquelle Pierre Claverie a apporté, là aussi, sa touche personnelle, alliant « spiritualité », « lucidité » et « courage ». Comme ses 18 compagnes et compagnons, il a compris qu’« il ne s’agit plus de dialoguer ou de débattre, mais d’offrir sa vie, avec toute la société algérienne, dans la grande épreuve qui l’a atteinte ». « Leur mort est un accomplissement et un appel », parvient-il à écrire au lendemain de l’effroyable nouvelle de la mort des moines de Tibhirine. « Leur sang versé, mêlé à celui de milliers d’Algériens et d’Algériennes, victimes de la violence dans ces dernières années, scelle un pacte nouveau entre nous  : une alliance d’amitié que rien, même la mort, ne pourra briser ».

Anne-Bénédicte Hoffner

(1) et aussi  : Luc, mon frère. Michael Lonsdale (Éditions Philippe Rey, 174 p., 16 €)  ; Pèlerin à Tibhirine, Michael Lonsdale, Salvator, 139 p., 14,90 €, et la réédition de l’excellente biographie de Pierre Claverie par le fr. Jean-Jacques Pérennès : Un Algérien par alliance, préface de Jean-Paul Vesco, 393 p., 24 €.