« Témoins dans l’Esprit »

Benoît XVI

Nous sommes les fruits de la mission de l’Église par l’action de l’Esprit Saint. Nous portons en nous le sceau de l’amour du Père en Jésus Christ qu’est l’Esprit Saint. Ne l’oublions jamais. Aujourd’hui encore l’Esprit Saint continue à agir avec puissance dans l’Église et ses fruits sont abondants dans la mesure où nous sommes disposés à nous ouvrir à sa force rénovatrice. C’est pour- quoi il est important que chacun de nous le connaisse, qu’il entre en relation avec lui et qu’il se laisse guider par lui.

Mais à ce point, une question surgit naturelle- ment : « Qui est l’Esprit Saint pour moi ? » Dans la profession de foi, nous proclamons : « Je crois en l’Esprit Saint, qui est le Seigneur et qui donne la vie ; il procède Père et du Fils. »

Oui, l’Esprit Saint, esprit d’amour du Père et du Fils, est source de vie qui nous sanctifie, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné (Rm 5,5). Cependant, il ne suffit pas de le connaître ; il faut l’accueillir comme le guide de nos âmes, comme le « Maître intérieur », qui nous introduit dans le mystère trinitaire, parce que lui seul peut nous ouvrir à la foi et nous permettre d’en vivre chaque jour en plénitude. C’est lui qui nous pousse vers les autres, allumant en nous le feu de l ‘amour, et qui nous rend missionnaires de la charité de Dieu.

Une « neuvaine » à l’Esprit Saint

La neuvaine à l’Esprit Saint est la plus ancienne neuvaine dans l’Eglise.

Jésus lui-même l’a demandé : « Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche. » (Actes 1, 4). Quand Jésus fut monté au ciel, les disciples retournèrent à Jérusalem avec la Vierge Marie et attendirent ensemble dans la prière la promesse du Père – l’Esprit Saint. Aussi, cette neuvaine est dite dans toute l’Eglise du jeudi de l’Ascension jusqu’au samedi, vigile de la Pentecôte. Je pense qu’il est temps de se tourner d’une manière toute spéciale vers Celui qui est l’Esprit de Dieu, qui inspire tout ce qui est vivant, grâce à qui nous sommes en vie. Préparons la fête de la Pentecôte cette année avec une prière particulière pour nos communautés en priant chaque jour :

Viens, Esprit Saint, en nos cœurs,
et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.

Viens en nous, Père des pauvres, viens, dispensateur des dons,

viens, lumière de nos cœurs.

Consolateur souverain,
hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur.

Dans le labeur, le repos; dans la fièvre, la fraîcheur; dans les pleurs, le réconfort.

Ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu’à l’intime le cœur de tous tes fidèles.

Sans ta puissance divine,
il n’est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.

À tous ceux qui ont la foi
et qui en toi se confient, donne tes sept dons sacrés.

Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.

Le Christ bénit

Ascension : Bénédiction du Christ
Bénir est un acte essentiel de la vie religieuse.

L’homme, de nature religieuse, a toujours cherché la bénédiction pour lui ou pour les autres. La Révélation à Abraham jusqu’à son accomplissement dans le Christ est une bénédiction. « Je te bénirai », dit Dieu à Abraham (Gn 12,2). Et Paul, contemplant l’accomplissement dans le Christ, « loue Dieu qui nous a bénis par toutes sortes des bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ » (Ep 1,3). Dieu bénit l’homme ! Voilà l’essentiel.

Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil sur la finale de l’Évangile de Luc. Il nous a rapporté que Jésus emmène les onze Apôtres « jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit » (Luc 24,50). L’évangéliste insiste en continuant ainsi : « Or, comme il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel » (24,51). Cette finale de l’Evangile montre assez combien la bénédiction est un geste essentiel : Jésus, le « Fils du Très- Haut » et « le Christ de Dieu », bénit. Nous remarquons qu’il le fait « en levant les mains ». Il prie à la manière du prêtre. Jésus est le Grand Prêtre, c’est pourquoi il bénit. Tout le récit de Luc conduit peu à peu son lecteur à ce moment capital pour la foi : Le Christ est au milieu des hommes le Grand Prêtre qui bénit.

L’homme, de nature religieuse, a donc besoin d’être béni. Si Luc rédige son Evangile pour aboutir à ce moment suprême de la bénédiction, c’est qu’il veut nous faire comprendre que l’homme ne peut vivre sans se mettre sous la bénédiction de Dieu. Luc s’attache à faire mémoire d’Abraham dont Dieu se souvient. Certainement, il sait que Dieu a béni Abraham et sa descendance et que cette bénédiction s’accomplit en plénitude en Jésus. Cette finale de son Evangile atteste vraiment que l’homme n’est homme qu’en étant sous la bénédiction divine.

L’Eglise le sait, elle qui a inclus dans sa liturgie eucharistique le rite de la bénédiction. D’ailleurs, dans la finale de son Evangile, Luc précise que Jésus bénit quand il est « séparé » de ses disciples et est « emporté au ciel ». Il se sépare donc du monde et est emporté au ciel. Jésus rejoint la sphère de la Divinité. Il est véritablement Dieu qui nous bénit. L’Eglise a recueilli ce témoignage de Luc, pour l’inscrire dans sa vie ordinaire en plaçant la bénédiction au terme de la liturgie eucharistique.

Mgr Pierre d’Ornellas,
archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo