Et si Dieu était là où il n’est pas ?

Journal La croix , Frédéric Boyer le 27/06/2019 à 12:58 Mis à jour le 23/06/2019 à 12:58

Il y a quelques jours, je me suis surpris répondre à une amie qui me confiait avec beaucoup de sincérité sa confiance dans la volonté de Dieu pour elle et nous tous, que je préférais m’attacher à l’idée que Dieu ne voulait rien. J’avoue avoir beaucoup de difficultés à me débarrasser de ma propre faiblesse, de mon inquiétude et du doute que j’éprouve. Ce que je voulais confier à cette amie sans oser le lui dire, c’est que je ne pense pas que Dieu veuille quoi que ce soit pour moi, mais c’est à moi de vouloir quelque chose de lui, c’est ma volonté qui est sollicitée, jusqu’à en être parfois menacée. Voulant Dieu, cherchant sa confiance, je peux finir par perdre toute confiance.

Dans ma vie spirituelle, il m’arrive de faire l’expérience de la peur sans nom liée à une opacité totale et soudaine. C’est comme devenir brusquement aveugle ou se trouver quelque part et ne pas du tout savoir où l’on est. Le nom même de Dieu paraît dérisoire. Cette « nuit de la foi », comme l’on dit, ne signifie pas que Dieu n’est plus rien pour moi, mais que je ne veux ou ne peux aller plus loin, au-delà même des représentations que je me fais de Lui, de la foi que j’ai en Lui. M’accrochant à ma confiance, comme un naufragé à son bois, j’ai perdu toute confiance. Et si Dieu était là où il n’est pas ? Si Dieu n’était pas là où ma confiance l’avait placé ? Cette expérience même qui me déroute, me met à nu, est celle qui me conduit à Lui, à sa dérision, à son absurdité, sa folie, comme à sa douceur, son effacement. J’ai pensé en moi, Dieu est de ne pas être. Mais j’étais encore dans l’erreur.

Pardonnez-moi, mes amis. Il faut traverser ce silence, cette nuit et nudité de soi, pour entendre que peut-être en moi Dieu n’était pas d’être Lui. Il était son absence. Il était son silence. Dieu était dans ma nuit obscure, de n’être pas là. Mon hypothèse est que trop souvent ma foi voudrait tout savoir de Dieu, ne manquer de rien, ou le moins possible. Comment accepter un Dieu dans sa miséricorde nue, désarmée, dans son détachement absolu ? Sa simplicité, son intense faiblesse, bouleversent ma foi. Le Dieu chrétien perturbe mes identités, révèle mes désirs contradictoires, mes impatiences fausses. Lui-même s’est déformé, s’est rendu vain et néant (signification de la kénose du Christ dans la Lettre aux Philippiens2, 6). Il se fait à l’humanité quand nous abandonnons, et répudions souvent, ce qui fait notre humanité.

« L’incarnation ne rapproche pas Dieu de nous, elle augmente sa distance », écrivait mystérieusement Simone Weil. Oui, d’une certaine façon, l’incarnation vient faire obstacle entre nous et notre humanité. Le Dieu fait homme prend en charge ce que nous abandonnons de notre propre humanité. Si, ce que les théologiens appellent le mystère de la volonté salvifique de Dieu, nous unit tous au Christ, reconnaissons qu’avec le Christ la souveraineté de Dieu se retire pour que soit paradoxalement révélée sa divinité au cœur de l’humanité de l’homme, de la relation blessée à notre humanité. Dieu n’est pas là où nous l’attendons ou croyons pouvoir le rencontrer, mais il vient dans l’épreuve de son effacement ou de sa déformation.

Finalement, si je peux dire que Dieu ne veut rien, ce serait aussi une façon de comprendre que même perdu, dans le doute, je reste « capable de Dieu » (capax dei) selon l’expression de saint Augustin (De Trinitate, XIV, 12, 15). Dieu ne substitue pas sa volonté à celle de l’humanité, il la rejoint jusque dans sa détresse et son impuissance. Ce que j’appelle absence de Dieu, c’est ma présence manquante au monde, aux autres.

Ai-je répondu à mon amie ? Sans doute pas. Mais elle attira mon attention sur un étrange passage de l’Évangile de Jean. Dernière apparition du Ressuscité aux disciples, sur la mer de Tibériade. Il est dit que « les disciples ne savent pas que c’est Jésus » (Jean, 21, 4). Puis Jean le reconnaît et le dit à Simon Pierre qui, lit-on, « du manteau se ceignit, car il était nu, et se jeta dans la mer » (Jean, 21, 7). Nu comme un pêcheur sur la barque de l’existence, je me jette à l’eau en serrant contre moi, comme un manteau abandonné, mon humanité. C’est ainsi que je reconnais Celui qu’avec tant de doute et d’inquiétude j’appelle Dieu. Pour le retrouver, je me jette à l’eau. Pour le retrouver, je me ceins et me couvre de mon humanité dont je voulais me débarrasser. Je me souviens d’un autre texte (Gn 3, 7), lorsque l’humanité des commencements apprend qu’elle est nue après s’être jetée dans l’aventure de la connaissance, et qu’elle se couvre. Et si ce premier vêtement était son humanité à sauver, son déjà vieux manteau d’humanité, honteux, déchiré, ravaudé, et que revêtira enfin le Dieu fait homme ? Je ne vois pas Dieu, je ne sais pas qui est Dieu, mais pour aller vers lui je sais que je dois me jeter à l’eau et emporter avec moi mon manteau d’humanité, toute mon humanité.

Frédéric Boyer

Vincent Lambert: Déclaration des responsables des cultes de Reims

Déclaration commune des responsables religieux – rabbin, imam, pasteurs, évêques – de Reims (France), ville où M. Vincent Lambert est décédé, ce 11 juillet 2019.

M. Vincent Lambert est mort. Responsables des différents cultes dans la ville de Reims, nous prions pour notre concitoyen. Nous le faisons depuis des années, avec beaucoup de nos compatriotes profondément affectés par son sort. Nous le recommandons au Dieu vivant et miséricordieux, à celui qui appelle les êtres humains de la mort à la vie. Nous prions pour la femme et pour la fille de M. Vincent Lambert, pour ses parents, ses frères et ses sœurs, pour tous les siens. Qu’ils puissent trouver consolation et espérance par-delà leur chagrin. Nous leur exprimons notre fraternelle compassion.
Nous pensons fortement en ce jour à ceux qui ont eu à s’occuper de M. Lambert : les médecins et les équipes de l’hôpital de Reims, et aussi les avocats et les magistrats qui ont eu la responsabilité d’éclairer la situation de M. Lambert.

La situation de M. Lambert était singulière. Les décisions prises à son sujet ne peuvent donc être transposées telles quelles à des cas apparemment analogues. Au vu des débats qui ont eu lieu, nous pensons utile, dans la lumière de notre foi en Dieu qui crée et qui donne la vie, de rappeler les points suivants :

1. Nous reconnaissons sans réserve qu’il appartient à la dignité de tout être humain de renoncer à un traitement jugé inutile, disproportionné ou risquant de provoquer un état de souffrance supplémentaire, du moment qu’une telle décision ne met en danger la vie d’aucun autre ;

2. Nous croyons qu’il est possible aux êtres humains de se soutenir, de s’entraider, de s’accompagner dans les moments les plus douloureux de la vie, de sorte qu’aucun citoyen ne soit tenté d’exiger de la société qu’elle provoque sa mort ;

3. Nous voudrions rappeler à nos concitoyens que devenir dépendant des autres pour des soins ou pour les actes de la vie ordinaire ne signifie pas perdre sa dignité ; nous voulons œuvrer pour contribuer à susciter les dévouements, les générosités et les solidarités nécessaires auprès des personnes dépendantes, à quelque titre qu’elles le soient, et auprès de leurs proches qui en portent la responsabilité, ceux que l’on appelle aujourd’hui « les aidants » ;

4. Nous voulons remercier tous ceux qui ont contribué à la réflexion sur la situation de la fin de vie et sur la situation singulière des personnes en état pauci-relationnel, qui n’entrent ni tout à fait dans la catégorie des personnes malades ni tout à fait dans celle des personnes handicapées. Des recherches médicales et philosophiques sont sans doute encore nécessaires pour les accompagner au mieux. Une réflexion sur la pratique de la réanimation nous paraît également nécessaire. Poursuivre des débats prudents et approfondis sur ces questions médicales et éthiques nous paraît important;

5. Nous exprimons notre confiance aux médecins de notre pays. Notre confiance collective dans leurs capacités scientifiques et humaines est nécessaire pour qu’ils puissent continuer à prendre les décisions médicales les meilleures et les plus sages en dialoguant en vérité avec les personnes en fin de vie ou les proches des personnes devenues incapables de communiquer ;

6. Croyants en la vie éternelle, nous affirmons que la vie humaine est bien plus que la vie corporelle mais se joue pourtant dans la condition corporelle. Nous exprimons notre profonde union à tous ceux qui entourent leurs proches dans l’épreuve avec délicatesse, avec générosité, sans attendre de retour, en se réjouissant de leur présence corporelle. Nous redisons notre gratitude pour le personnel médical et soignant de nos hôpitaux.

Notre pays s’est efforcé jusqu’ici de trouver une voie juste pour accompagner au mieux, dans le contexte de haute technicité dans lequel nous vivons, les personnes en fin de vie et celles qui sont privées partiellement ou totalement de capacités de communication.

Nous souhaitons que notre pays développe toujours davantage aussi bien le soin médical capable d’intégrer les progrès thérapeutiques, les soins palliatifs, une véritable disponibilité relationnelle des soignants et une collaboration des aidants et des bénévoles, que le soin social capable d’intégrer les exclus et les délaissés, afin de garantir à tous une vie commune dans la solidarité et la fraternité.

Signataires :
Rabbin Amar, de Reims
Aomar Bendaoud, imam de la Grande Mosquée de Reims
Pasteur Xavier Langlois, de l’Eglise Protestante Unie de France à Reims
Pasteur Pascal Geoffroy, de l’Eglise Protestante Unie de France à Reims
+ Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims
+ Bruno Feillet, évêque auxiliaire de Reims

Régugiés …

Plus d’une centaine de réfugiés ACCOMPAGNÉS, depuis l’appel du pape !

Suite au questionnaire lancée en début d’année, nous recensons aujourd’hui près de 110 réfugiés accueillis et accompagnés vers l’intégration. Ils sont originaires d’une dizaine de pays parmi lesquels la Syrie, l’Irak, le Tibet, le Soudan, l’Ukraine, la Guinée, l’Algérie, le Cameroun, la Côte d’ivoire. Ils ont dû fuir leur pays par suite de persécutions religieuses, politiques, sexuelles ou autres de telle sorte que leur demande s’asile a été acceptée et le statut de réfugié accordé.

Près de 60 % d’entre eux sont suivis par des associations locales : l’AMA à Asnières, l’ASSARVA à Sèvres Ville-d’Avray, CARMEUDON à Meudon. Il est à remarquer que toutes ses associations fonctionnent avec des bénévoles fortement engagés et largement issus de nos paroisses. Ces associations (toutes apolitiques et aconfessionnelles) fonctionnent quasi exclusivement grâce à des dons venant de la générosité des adhérents, sans subventions spécifiques (sauf exceptions).

25 % correspondent à des initiatives d’une ou plusieurs personnes ayant identifiées soit un logement disponible soit une famille en recherche. Ces initiatives se trouvent le plus souvent au cœur de paroisse de façon visible ou non. Ex : Chaville, Le Plessis-Robinson, Neuilly, Châtillon, Clamart, Antony, Clamart.

15 % sont en charge par des bénévoles des associations spécialisées en matière de logement tels que HABITAT & HUMANISME et SNL 92 (Solidarité Nouvelle Logement), qui ont pris le relais des bénévoles d’origine pour le premier accueil.

De nouvelles initiatives sont actuellement en cours dans le diocèse. Elles bénéficient ainsi des compétences acquises depuis fin 2015 au travers des expérience ci-dessus. Aussi que ce soit sur les aspects juridiques financiers, linguistiques, scolaires des appuis peuvent vous être apportés pour mieux accompagner de nouveau réfugiés qui frappent à notre porte.

Vous souhaitez organiser une soirée dans votre paroisse, à la rentrée, alors n’hésitez pas à nous contacter :
Bertrand ARROU chargé de mission LME à l’accueil et l’accompagnement des réfugiés.

Tél. : 06.28.02.50.07 ou mail : refugies@diocese92.fr